MA PREMIÈRE SAINTÉLYON

20 décembre 2019 7 Par Charlene_fla

C‘est il y a un an que cette idée folle a commencé à germer en moi. La SaintéLyon. La Grande Doyenne. Je voyais les finishers 2018 partager leur expérience sur les réseaux sociaux. Une météo dantesque, de la pluie diluvienne toute la nuit .. On était bien loin de la simple promenade de santé. Mais ce qui se dégageait principalement de leurs récits, c’était l’émotion et la fierté d’avoir réussi, d’être aller chercher au plus profond d’eux-même cette ligne d’arrivée pas comme les autres.

Je me suis surprise à les envier, à imaginer le bonheur d’accomplir un tel exploit sportif. Et puis j’ai tout d’abord pensé que c’était beaucoup trop pour moi qui venait à peine de devenir marathonienne. Ces 42,195 kms sur bitume m’avaient déjà bien assez éreinté, alors imaginer gambader de nuit pendant plus de 75 kms en pleine nature .. Totalement insensé !

Et puis je me suis dit pourquoi pas ? La prochaine édition étant un an plus tard, il me restait largement assez de temps pour me faire à l’idée et me préparer (même si ceux qui me connaissent savent que je suis incapable de suivre une prépa à la lettre… oupsi). Sur un coup de tête, j’envoie un texto à Alex en lui demandant s’il accepterait d’être mon assistance sur la SaintéLyon 2019. Il accepte. L’engrenage est lancé.

J’achète mon dossard (en forçant mon cerveau à ne pas trop réfléchir à ce qu’il était en train de faire) dès le premier jour d’ouverture des inscriptions, puis je communique ma folie sur les réseaux. Pourquoi ? Tout simplement parce que si je l’annonce, les choses deviendront plus concrètes et je ne pourrais plus reculer. Mon orgueil m’obligera à tenir parole, et je compte sur lui pour m’empêcher de me soustraire face au doute.

Et des doutes, il y en aura .. Une préparation qui comprend finalement relativement peu de kilomètres au compteur, mais tout de même quelques courses dont le Trail de la Haute Azergues (27,3 kms – 1446 D+) à Lamure sur Azergues.

Trail de la Haute Azergues

J’ai passé la moitié du parcours escortée par les serres-files, avant d’enfin doubler une coureuse dans la difficulté (je veux dire .. encore plus dans la difficulté que moi quoi!) au 17ème km. Avant-dernière. Seulement 27,3 petits kilomètres, et j’ai cru mourir. J’en aurai à peu près 50 de plus à tirer à peine 2 mois plus tard. Je décide de mettre les bouchées doubles, d’axer mes entraînements davantage sur l’endurance, et de perdre deux trois kilos pour me délester.

Les semaines passent et les dossards s’enchaînent. Marathon du Run In Lyon, Trail des Grisemottes, LUT by Night, Joggiles, semi-marathon du Beaujolais .. Puis se présente le jour-J.

Je crois qu’à H-10, je ne réalise toujours pas le traquenard dans lequel je me suis embarquée. Moi, la petite nana qui court moins de 100 kms par mois et qui met plus de 5h pour finir un marathon (mince, fallait pas le dire ?), avec une morphologie aux antipodes de la traileuse exemplaire. Bah bordel, je suis pas dans la merde !

Départ H-2,5

On arrive sur Saint Etienne avec Alex. C’est lui qui m’emmène, et qui me suivra de ravito en ravito sur toute la course. J’y tiens, parce que c’est avec lui que je veux partager toutes mes folies 💕 On rejoint un petit groupe de copains. Je réalise rapidement que je suis la seule fille parmi eux, et je me dis que les autres sont certainement moins suicidaires et bien au chaud à l’heure qu’il est ! Parfois, il serait plus simple d’être comme elles.

On décide de quitter la douce chaleur réconfortante du gymnase aux alentours de 22h15 pour rejoindre le SAS de départ. Un dernier bisou à mon amoureux que je ne retrouverai qu’à Saint Christo en Jarez. De nombreux coureurs ont eu la même idée bien avant nous, et nous ne partirons que dans l’avant-dernière vague à 00h10. L’attente est longue debout, serrés les uns contre les autres. Heureusement que mes acolytes sont là et qu’une demande en mariage nous divertit un peu (PS: elle a dit oui).


KM 0 à 17,5
Arrive enfin l’heure du départ et c’est parti. Julien, l’accompagnateur référent de Courir à Lyon, décide de m’accompagner sur la première portion du parcours. Et mon dieu … ces premiers kilomètres furent les pires de tous ! J’ai régulièrement l’avant des jambes qui me brûle sur les premiers kms (Périostites ? Mini syndrome des loges ? Mon ancien kiné restait dans le doute!), et cela ne passe qu’en alternant marche et course. Mais je n’ose pas marcher, fierté oblige, alors j’attends impatiemment la première grimpette qui ralentira l’allure de cette foule de coureurs diligents. Me voilà gâtée lorsque les premiers chemins se révèlent à nous. De la boue, à n’en plus finir ! De quoi bien lever le pied, c’est sur ! Mon dieu, quelle horreur. Je manque de me vautrer à peu près 150 fois. Julien me conseille d’avoir “le pas léger”. J’ai tout sauf le pas léger bien évidemment, je suis une brute moi. Splash splash. Je suis obligée de marcher. Non seulement à cause du terrain marécageux, mais également parce que mon estomac décide déjà de faire des siennes. Un mal de ventre qui, heureusement, disparaîtra sur la prochaine portion de la course. On arrive enfin à Saint Christo et je retrouve mon amoureux. J’ai simplement envie de lui dire “Aller viens, j’arrête là, on rentre se coucher!”, mais je ne peux pas abandonner avant même d’atteindre Sainte Catherine. Le simple fait de penser aux 58,5 kms restant me donne envie de pleurer. Ne surtout pas y penser. Viser seulement le prochain ravito. Toujours. Un changement de chaussettes, une tasse de thé chaud, et ça repart !


KM 17,5 à 31,1
Julien prend son envol et j’attaque donc cette deuxième partie du parcours seule. Je serre mon thé entre mes mains pour me réchauffer, car ressortir dans le froid après être restée sous la tente chauffée à bloc est horriblement difficile. J’ai froid, vraiment très froid. Je tente de courir dès que l’état du sol me le permet pour profiter de la chaleur suscitée par l’effort, mais je suis trempée jusqu’à l’os et rien n’y fait. Mon corps réclame le réconfort des barres de céréales pourtant accessibles dans les poches avant de mon sac de trail, mais je ne parviens à les attraper. Mes doigts ne répondent plus, je n’arrive pas à les serrer suffisamment pour saisir ma nourriture. J’abandonne l’idée des barres et je me concentre sur le petit centimètre du paquet de bonbons Powerbar qui dépasse de l’une de mes poches. A force de détermination, je finis par l’extirper de sa cachette avec les dents après environ 45 mins de lutte acharnée. Je n’aurais jamais imaginé que le moindre petit geste puisse devenir aussi compliqué. J’engloutis l’intégralité du sachet en quelques minutes à peine, joie et bonheur. Quand j’arrive (ENFIN!) à Sainte Catherine, je suis véritablement au bord de l’hypothermie et je ne sais plus vraiment quoi faire. Le bus des abandons me nargue, il me tend les bras. J’hésite, vraiment. J’imagine déjà le réconfort du chauffage. Mais je songe aussi à cette coureuse contrainte à l’abandon que j’ai aperçu déversant un flot de larmes à mon arrivée sur le ravito. Je pense à toutes ces heures passées à imaginer la ligne d’arrivée. J’entends les paroles de Thomas (vendeur chez Spode, mon sponsor) dans ma tête, me disant que l’abandon est fréquent à Sainte Catherine car on est bien attaqué après avoir mangé plus de la moitié du dénivelé du parcours, mais que si l’on arrive à repartir, on a de fortes chances de terminer ! Et puis je pense à mon amoureux, qui n’a pas pu me rejoindre sur ce ravito et qui m’attend plus loin. Je ne peux pas monter dans ce bus. Je dois absolument continuer. Oui, mais comment ? C’est alors que l’idée de génie se présente en observant les coureurs en situation d’abandon. Ils ont tous sorti leur couverture de survie ! Mais oui, c’est le moment de tester l’efficacité de ces trucs là! Je sors la mienne, m’enroule dedans avec un thé chaud, et c’est le feuuuuu. Je revis. Je reprends peu à peu des sensations dans mes membres supérieurs, et je profite de ce moment d’exaltation pour reprendre la route jusqu’au prochain ravito qui n’est que dans 9,5 kms. Advienne que pourra pour la suite !


KM 31,1 à 40,6.
Je marche pendant que je finis mon thé et que mon corps récupère quelques degrés. Ma couverture de survie me protège également de la pluie, alors même si elle fait un boucan monstre, elle devient ma meilleure alliée. D’autres coureurs me questionnent sur son efficacité. Je leur conseille vivement de se réchauffer avec ! Ils me remercieront quelques kilomètres plus tard : je crois bien que cette petite merveille n’a pas sauvé uniquement ma propre course. J’arrive désormais à courir sur les parties goudronnées, et je réalise que même après 38 kms de course, je vais BIEN. Après les 30 plus horribles kms de ma vie, je vais BIEN. Pas de bobo, pas de douleurs. Seul bémol, mes yeux qui commencent à se fermer tout seul en courant tant j’ai sommeil. La nuit et la boue demandent énormément de concentration, et voilà que cela se traduit par un bon coup de fatigue. Cependant, constater que tout va bien après avoir parcouru la moitié du parcours redonne des ailes. Je verse ma petite larmichette quand, pour la toute première fois depuis le départ, je reprends l’espoir d’arriver au bout de cette torture (ouais, car honnêtement jusqu’ici Lyon me semblait aussi loin que l’Australie) ! Le ravito arrive, ma moitié n’a pas réussi à le rejoindre mais ce n’est pas grave, je me sens prête à voler jusqu’à Soucieu !


KM 40,6 à 53,4.
Le temps devient long mais le jour s’est levé, et mon corps n’a instinctivement plus envie de dormir (dieu merci, car j’aurais pu dormir à même le goudron sans problème!). Alex parvient à me rejoindre entre deux ravitos, et ça me fait un bien fou de faire quelques mètres à ses côtés. Son visage familier me remotive à fond. Je le rassure, et il s’en va pour m’attendre à Soucieu (croyez-moi, lui aussi a bien galéré en voiture sur cette SaintéLyon!). Les 50 kms arrivent, ma plus longue distance parcourue jusqu’ici. C’est dans l’inconnu total que je plonge, mais ceci dit, j’ai déjà l’impression d’être dans l’inconnu depuis la ligne de départ! Mes jambes restent relativement solides, et je remercie ce petit corps de faire des miracles au moment où j’en ai le plus besoin. Petite douleur sur la jambe droite, mais la gauche reste entièrement opérationnelle et compense sa voisine. Je parviens encore à courir sur quelques petites portions de goudron. Le ravito arrive, mon amoureux m’attend avec quelques affaires sèches. Je prends une bonne pause pour me changer et de restaurer correctement, mais j’essaie de repartir avant d’en perdre l’envie. Un dernier bisou et je m’élance vers Chaponost. Chaponost … Le dernier ravito avant Lyon ! Je suis en train de le faire, genre, vraiment ! Je sais que je vais terminer, j’en suis convaincue.


KM 53,4 à 65.
Je ne cours plus que dans les descentes goudronnées, et bien évidemment je continue de marcher dans la boue puisque je ne parviens pas à courir dedans (et puis j’ai tellement peur de déraper et de me blesser si près du but!). Alors je reste prudente, surtout dans certains passages que je trouve dangereux et dans lesquels je suis contrainte de me laisser glisser de tronc en tronc. Pas de doute, je m’en souviendrai de cette première SaintéLyon ! La batterie de ma montre a lâché, mais je n’ai pas le courage de lancer une application mobile pour prendre le relais, alors je me base simplement sur l’heure et sur mes impressions. A l’approche de Chaponost, je retrouve deux de mes collègues et je finis par avoir un regain d’énergie et faire le dernier km jusqu’au ravito en courant à bonne allure. Je n’aurais jamais pensé courir après 64 kms dans les pattes! On arrive au gymnase, un bisou rapide à Alexis, une tranche de pain d’épices et je repars. Je n’ai plus qu’une seule idée en tête : rejoindre LYON.


KM 65 à 76,6.
Clairement les 11,6 kms les plus longs de toute ma vie. Heureusement que l’un de mes collègues est resté avec moi (encore un Julien d’ailleurs), car je m’en sers très vite de béquille humaine. La jambe droite est désormais achevée, et la gauche fatigue de prendre tout cet appui. Deux barres en haut de chaque mollet, et j’ai mal à peu près partout. Il est bien loin le regain d’énergie de Chaponost! Le trajet me semble interminable, et j’en veux aux organisateurs d’avoir mis autant de montées qui semblent si raides sur ces derniers kms ! Un véritable calvaire. Reste 5 kms. Je n’en peux plus, je veux seulement arriver bon sang! C’est long, tellement long … Et puis j’aperçois LE pont. Ce fameux pont, celui qui nous fait traverser jusqu’à la Halle Tony Garnier. Je me suis imaginée le traversant des centaines de fois au cours des 12 derniers mois. Je retrouve Margaux et Gaëtan, deux collègues à moi, quelques centaines de mètres avant la fin. Ils n’arrêtent pas de me féliciter, de me dire “Tu l’as fait!” et je suis bien obligée de me retenir pour ne pas fondre en larmes sur place!


Les derniers mètres arrivent .. je snobe toutes mes douleurs pour rentrer dans la Halle et franchir l’arche en courant. J’aperçois Alexis, et je passe enfin cette arche. Cette mythique arche, après 15h16 de galères extrêmes, une nuit blanche, 76,6 kms de boue avec une météo épouvantable, du brouillard, de la pluie, une lutte constante contre l’hypothermie. J’attrape rapidement ma médaille, mon t-shirt finisher, et je déroge au chemin imposée par les barrières pour rejoindre au plus vite mon amoureux sans passer par la case ravito final. Il est très fier de moi, je le vois dans ses yeux qui brillent, et je déverse enfin toutes les larmes que j’ai retenu pendant 76 kms dans ses bras. Nous l’avons tous les deux, un véritable travail d’équipe💕.


Cette SaintéLyon fût pour moi une expérience unique, et je pense véritablement qu’il faut le vivre pour le comprendre. Ce fût de loin la course la plus difficile de ma petite expérience de coureuse. Et même si je sais que certains réalisent de bien plus grands exploits sportifs, je suis extrêmement fière d’être arrivée au bout de cette aventure.

Voilà, j’espère que mon petit retour d’expérience vous aura plu, et vous aura peut-être vous aussi motivé à tenter l’aventure. A bientôt pour de nouvelles péripéties !

J’avais bien dit plus jamais … mais finalement, see you next year !