Pourquoi courir un marathon ?

17 juin 2020 0 Par Charlene_fla

Le marathon, cette distance mythique convoitée par des milliers de coureurs. 42,195 kilomètres d’épreuve physique qui représentent généralement l’accomplissement de longs mois de préparation (sauf pour les plus téméraires bien sûr). Presque devenu une simple formalité pour les plus expérimentés, le marathon évoque pour d’autres le rêve de toute une vie. Ce qui nous pousse dans le SAS de départ ? Ce qui nous traverse l’esprit pendant la course ? Ce qu’un marathon change dans une vie ? Je vous partage aujourd’hui mon expérience personnelle sur le sujet. Installez-vous bien confortablement avec un petit thé, l’article risque d’être un peu long !

Mes premiers pas en course à pied

Certains d’entre-vous le savent déjà, d’autres peut-être pas encore, mais c’est en 2017 que j’ai commencé la course à pied, et le sport de façon générale. Il n’y a guère plus de 3 ans donc. Avant cela ? Disons que je ne brillais pas par mon activité physique. Plutôt empâtée et empotée, le sport n’était pour moi qu’un vaste mythe. & Puis un jour, j’en ai eu marre. Marre d’être un peu grassouillette, marre de me sentir mal dans ma peau, marre de me laisser marcher dessus par manque de confiance en moi, aussi bien dans ma vie personnelle que professionnelle. J’ai eu le DECLIC. Vous savez, ce fameux déclic qui vous pousse à remettre en question tout votre mode de vie et à prendre de meilleures résolutions ? Et bien voilà, c’est suite à ce merveilleux déclic que ma vie a pris une toute autre tournure en début d’année 2017 et que j’ai découvert les bienfaits du sport.

J’ai donc commencé la course à pied cette année-là, tout d’abord dans un objectif de perte de poids. Intimidée à l’idée de courir à la vue de tous (et oui, ce n’est pas forcément évident de se lancer!), j’ai commencé par faire des tours de terrain avant de prendre mon courage à deux mains pour explorer le restant de la ville de Lyon (que j’habitais à l’époque). J’ai appris à aimer ce sport au fur et à mesure de mes sorties. Chaque séance était une découverte, un pas en avant. Je n’avais jamais couru plus de 10 minutes, et voici qu’après quelques semaines à peine j’enchainais déjà 10 kilomètres à bonne allure.

C’était pour moi impensable. Je n’aurais jamais pensé courir un jour 10 kilomètres, moi qui était habituellement essoufflée dès les premières foulées. Pour la première fois, j’ai réalisé que moi aussi j’étais capable de faire du sport et de me dépasser, que ce soit physiquement ou mentalement, pour ne pas lâcher. Et croyez-moi, quand on réalise que l’on est capable, ça change TOUT.

Peu de temps après, je me suis inscrite sur un pari avec une amie à mon premier semi-marathon. C’était totalement fou. Quelques mois à peine pour me préparer à encaisser une distance qui me semblait juste ÉNORME. Traversant à l’époque de grands chamboulement dans ma vie personnelle et professionnelle, cet objectif sportif m’a permis de garder le gap. Je ne pensais qu’à ça. Je voulais absolument réussir et me prouver à moi-même, ainsi qu’à tous ceux qui ne croyaient pas en moi, que j’étais CAPABLE de le faire.

Et j’ai réussi. J’ai repoussé toutes les barrières que j’avais à l’intérieur de ma tête. J’ai fais taire toutes les petites voix qui me disaient que j’allais craquer au cours de ces 21,097 kms. J’ai ignoré la douleur physique et toutes mes pensées négatives, pour me focaliser seulement sur mon unique objectif : franchir la ligne d’arrivée. Cette ligne d’arrivée synonyme de tant de choses, de tant d’avancée dans ma vie. La petite empotée du sport était bien loin derrière moi.

Et ensuite ?

C’est en franchissant cette ligne d’arrivée que j’ai eu envie de plus. Il parait que c’est très fréquent en course à pied : franchir une étape, réaliser son objectif, puis rêver d’encore plus grand. Je me suis promise ce jour là de participer au format marathon l’année suivante. Il me restait un an tout pile avant la prochaine édition pour me préparer à la fois physiquement et psychologiquement. Maintenant que j’étais capable de réaliser un semi-marathon, je rêvais du Saint Graal. De la mythique distance. Du MARATHON. Je rêvais d’exploser mes barrières, de pousser mon corps dans ses retranchements, de voir jusqu’où ce dernier serait capable de me porter. Je voulais défier mes limites. Ce sont toutes ces raisons qui m’ont personnellement poussée vers le SAS de départ l’année suivante.

Objectif Marathon

J’aimerais vous dire fièrement que j’ai suivi une préparation marathon digne de ce nom. La vérité en est tout autre. Tout d’abord parce que j’ai été obligée de stopper la course à pied pendant quelques mois (fin 2017 jusqu’à mi 2018) à cause d’une périostite bilatérale persistante (et oui, à vouloir progresser trop vite le corps riposte!). Ensuite car j’ai intégré d’autres sports dans mes entrainements : la musculation en salle et le Crossfit. J’ai donc à l’époque fortement réduit mon kilométrage en course à pied pour me concentrer sur ces autres activités. Même si je n’ai jamais retrouvé mon “niveau” (aussi petit était-il) pré-blessure, je n’ai aucun regret car je me focalise désormais sur l’aspect “plaisir et santé“, davantage que sur l’aspect “performance“. Et mon plaisir à moi, c’est de varier les entrainements et de jongler entre les différentes disciplines.

Bref, je n’ai pas suivi de préparation particulière. J’ai fais relativement peu de kilomètres, mais énormément de CrossFit à cette période. C’est simple : je faisais ce que j’avais envie, quand j’en avais envie. Je ne recommande pas forcément cette stratégie à des personnes visant la performance, mais lorsque l’on a pour seul objectif de franchir la ligne d’arrivée sans se soucier du chrono, ça fait le job.

Attention : bien sûr qu’il faut courir un minimum pour se préparer et éviter les blessures! Mon exemple n’est pas forcément l’exemple à suivre. Je veux simplement dire que d’autres sports contribuent également à cette préparation : il n’y a pas QUE la course à pied pour améliorer sa condition physique.

Jour-J

C’est à la fois impatiente, stressée, excitée, pleine de doutes et pourtant si déterminée que j’ai rejoins le SAS de départ aux côtés de deux autres amis. Je nous revois encore en train d’avancer en direction de l’arche, sous la pluie qui commençait à tomber, me demandant ce que je pouvais bien faire ici, au milieu de milliers de personnes bien plus entrainées que moi. Et puis l’heure a sonné, il faut partir ! Je me retrouve très rapidement seule car mes deux comparses ont un objectif à tenir. Je me force à ne pas les suivre même si cela semble tentant, car je sais que le regretterai plus loin sur le parcours. Se laisser emporter par le rythme des autres peut être une erreur fatale, surtout sur de la longue distance.

Je poursuis donc tranquillement mon petit bout de chemin, mais rapidement les jambes n’ont plus envie. Elles fatiguent, et j’ai du mal à me concentrer sur autre chose que mes douleurs. Alors je compte. Oui, vraiment. Je compte dans ma tête jusqu’à 100, et je recommence. Parfois je fais des folies : je poursuis jusqu’à 200. C’est ma technique pour forcer mon esprit à se détacher de la douleur, et ça fonctionne. Je laisse mes pensées divaguer lorsque le besoin de compter s’estompe, et j’imagine la ligne d’arrivée pour me motiver. Cette ligne que j’ai imaginé franchir tant de fois.

Les kilomètres défilent. Je n’avais jamais parcouru plus de 22/23 kilomètres avant de me lancer, alors l’inconnu arrive très vite. Une fois le premier semi passé, j’alterne des phases de course et des phases de marche, d’ailleurs beaucoup font la même chose. Malgré ma baisse flagrante de vitesse, je trouve que la deuxième portion du parcours passe beaucoup plus rapidement que la première. On rentre dans le vif du sujet, dans la vraie difficulté de l’épreuve, et voir les kilomètres défiler me fascine et me rend fière. Je cours sans montre, alors je demande parfois à un coureur à combien nous en sommes. C’est chaque fois une bonne nouvelle : nous en sommes plus loin que je ne pensais ! Le 35ème, puis le 36ème, 37ème kilomètre arrivent.. plus que 5 ! J’aperçois un panneau indiquant quelque chose comme “Bravo, tu es bientôt marathonien“. J’en ai des frissons. Je reçois un SMS de mes amis qui viennent de terminer leur course, Julien fait demi-tour pour m’accompagner sur la fin (beaucoup trop adorable!). Je le retrouve au 40ème kilomètre, pile poil pour ma vidange de vessie (oui oui, à deux kilomètres de l’arrivée la nana ne pouvait plus se retenir!).

Je n’en peux plus, j’ai quand même hâte d’arriver. Julien n’arrête pas de me dire que c’est génial, que l’arrivée est là toute proche ! Alors même si ces deux kilomètres m’ont semblé en faire au moins 10, je pense qu’ils furent les meilleurs de tous. Ce fameux moment où tu te dis “Je suis en train de le faire, je vais y arriver, maintenant c’est sûr je vais être marathonienne!”. J’entends la musique qui s’intensifie, la voix de l’animateur qui félicite les finishers. C’est bientôt la fin. Je suis à la fois émue et éreintée. Je tourne à l’angle, et je la vois enfin. Je vois cette arche à laquelle j’ai rêvé tant de fois. Julien bifurque car il ne peut pas franchir l’arrivée une seconde fois. Je souris, à la fois pour les photos mais aussi parce que je suis heureuse et surtout fière de moi. J’en suis certaine désormais : mon corps est capable de me porter n’importe où, il suffit de lui faire confiance.

Un marathon est une expérience unique à vivre, qui vous en apprend beaucoup sur vous-même. Vous ne devez pas vous inscrire pour suivre un “effet de mode” : il n’y a pas besoin d’être marathonien pour être coureur. Si vous décidez de vous lancer dans l’aventure, vous devez le faire pour vous et uniquement pour vous. Vous n’avez rien à prouver à personne : seulement à vous-même 👍